Les Amis d’Al-Rowwad

Le Savon Naturel à l’Huile d’Olives de Palestine

Naplouse, entre histoire et espoir, ville six fois millénaire

Les Cananéens l’appelaient Schem, les Romains lui ont donné le nom de Flavia Neapolis, les Ottomans Nablus. Aujourd’hui ses habitants l’appellent "la grande prison", car cette ville palestinienne est celle qui subit le plus durement les bouclages et la répression de l’occupant.

Naplouse la commerçante, l’industrieuse, est aussi célèbre pour la beauté de sa vieille ville. La fabrication du savon remonte à plus de 1 000 ans, la recette de la knafé, délicieux gâteau à base de fromage, s’y transmet de génération en génération, les étudiants de l’université Al Najah continuent, entre deux couvre-feux, à étudier et rêver comme tous les jeunes, les chants de Fadwa Touquan, pionnière de la poésie arabe au féminin du début du siècle et native de Naplouse, courent encore sur la ville, avec leurs paroles d’astres, de liberté et d’envol.

Un patrimoine mémoriel

Les savonneries séculaires constituent aussi un patrimoine architectural et mémoriel au coeur de la vieille ville, avec leurs bâtiments spécifiques, comprenant de larges fenêtres au premier étage pour le séchage et une pièce centrale, la Dîwâniyya qui servait de lieu d’assemblée aux notables de la ville. C’est par exemple dans la savonnerie Shak’a que fut prise la décision de lancer la grande grève contre l’occupant britannique de la Palestine en 1936.

Le savon de Naplouse représente la permanence d’un savoir-faire traditionnel. Le Cheikh Al Rabûh al Dimashqî, mort en 1327, écrivait : "Naplouse est une ville où il fait bon se promener (...) Dieu très haut et tout-puissant l’a comblée de l’arbre béni, l’olivier, et son huile est transportée dans les régions égyptiennes, et du Levant et au Hedjaz (...) dans des caravanes, (...) et on en fait un savon délicat, transporté jusque dans les îles de la Méditerranée."

Le procédé de fabrication du savon de Naplouse a même été rapporté par les Croisés jusqu’en Europe et notamment dans la ville de Marseille.

Ce savon est entièrement naturel. Il comprend 72 % d’huile d’olive palestinienne, aucun produit pharmaceutique, résiste à l’usure, lave bien... et ne fond pas.

La cuisson se fait au rez-de-chaussée dans une grande cuve appelée "halla" ou "quidra". Les ouvriers versent l’huile d’olive et la mélangent pendant trois jours avec de la soude et de l’eau. Sous la cuve, on allume un feu, traditionnellement alimenté par des noyaux d’olive.

Une fois le mélange prêt, il est monté au premier étage et versé sur le sol appelé "mafrach", où il sèche pendant une journée avant d’être quadrillé en petits carrés avec un fil, puis tamponné à la marque de la savonnerie. Il est ensuite découpé et empilé en de savantes pyramides appelées "tananîr", mises à sécher 15 jours au moins avant emballage.

Darna Fi Naplouse

C’est Darna, maison des associations créée en mais 2005 par Youssef Haji pour venir en aide aux jeunes de la ville, avec des salles de réunion, des formations, des ordinateurs, un restaurant social... qui a eu l’idée d’exporter du savon de Naplouse et de donner ainsi du travail aux artisans et aux producteurs d’huile d’olive.
De 35 savonneries avant la Nakba en 1948, il n’en reste plus que trois actuellement, après les destructions de l’armée israélienne, l’étranglement de l’économie palestinienne par les bouclages incessants, les difficultés de circulation et d’exportation, y compris vers la Jordanie.


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