Les Amis d’Al-Rowwad

Les enfants du camp découvrent la France culturelle

Les 8, 9 et 10 juillet, une troupe de théâtre d’enfants et d’adolescents palestiniens qui parcouraient la France des festivals a été reçue par des familles qui soutiennent l’action du comité France- Palestine : 9 garçons et 6 filles de 10 à 15 ans composent Al Rowwad , "les Pionniers".
Ils viennent tous du camp de Aïda, près de Bethléem où s’entassent, depuis 1948, dans un camp de tôle et de ciment, à l’ombre d’un mur immense que les Israéliens ont décidé de construire, 4000 « réfugiés ».

« On nous a volé notre enfance »

C’est dans les rues minuscules que se déroulent les premiers apprentissages, face aux soldats qui fouillent régulièrement leurs cartables, qui leur interdisent de se rendre dans leurs champs, sur le dernier minuscule terrain de jeux, ou tout simplement à l’école ( 48 jours d’interminables couvre - feux cette année.)
C’est Ahmed, un petit gamin de 13 ans qui raconte, en arabe, à nos voisins maghrébins... Il s’anime quand il parle ou quand il danse au milieu de ses camarades. Quand il décrit ses difficultés à vivre, de son groupe de théâtre, des amis tombés autour de lui, c’est un militant : il a la force, les convictions d’un adulte : ses gestes s’accélèrent, son visage se durcit, les mots jaillissent, ses yeux brillent...

On le voit petit, on le considère comme un enfant, affirme-t-il, mais s’il veut survivre, s’il veut s’en sortir, il doit agir comme un homme...
Il doit endurcir son c ?ur pour s’opposer et résister à toutes les vexations que lui imposent les soldats. Mais le plus difficile pour lui c’est de voir les humiliations que sont obligés de subir ses grands parents, ses parents, ses amis, les adultes, qui doivent accepter les fouilles, les insultes, les intrusions dans les maisons à toute heure du jour et de la nuit et qui suppriment toute vie privée. Ahmed affirme qu’on ne peut s’habituer à ces malheurs quand on voit l’espace, les champs, la liberté tout proches mais inaccessibles.
Ahmed a de la haine dans le c ?ur et comment en pourrait- il être autrement ?

Il n’accepte pas les intrusions des soldats, dans son camp, dans sa rue, dans sa maison. Il n’accepte pas la résignation des anciens, de son grand - père, de son père...devant les actes insupportables des Israéliens qui occupent la terre de ses ancêtres, qui continuent à exproprier les Palestiniens, qui séparent les villageois de leurs terres, qui volent les puits, l’eau, qui tuent ou emprisonnent sans raison, des pères , des mères, des frères , des s ?urs...

Ils sont soutenus par les anglo-américains et on ne pourra jamais leur reprendre toutes les terres qu’ils nous ont volées.

Rencontrer les autres

On nous parle de paix mais comment parvenir à partager des terres , à partager la vie avec ceux qui nous ont tout pris...
Que faire face à des gens qui ne respectent rien ?...
Chacun doit apprendre à résister avec ses moyens, tout en respectant les autres et leurs idées , même différentes.

Faire du théâtre, c’est sortir de soi, de ses difficultés à survivre, c’est s’exprimer, c’est rencontrer les autres, c’est s’ouvrir...c’est voir et accepter les différences...Notre seul terrain de jeux, c’est la rue qui est contrôlée par les Israéliens. Nous aimerions montrer que nous, enfants palestiniens, nous savons construire et faire autre chose que lancer des pierres, images que les médias aiment bien...

Les petits enfants du voisin, 5 ans et 9 ans, impatients de jouer, lui prennent la main et l’attirent dehors pour faire du vélo...Ahmed se laisse faire, sort , détendu, souriant. C’est à nouveau , un enfant qui, pour un moment, oublie ses peines, ses drames... on entend les rires et les cris joyeux des 3 enfants qui font une course dans le jardin .

Le soir, la troupe Al Rowad se retrouve au centre culturel de la Barbière devant 200 spectateurs. Tous les acteurs sont là, entrés dans leur Histoire, de 1917 à maintenant , Histoire qu’ils font revivre par de courts tableaux, des chants, des danses...c’est émouvant, tragique et parfois amusant. C’est un vrai travail d’équipe qui nous est proposé : chaque acteur se donne à fond, à la fois naturel et appliqué avant de passer la parole, le geste, le cri, au suivant, aux autres...
Des extraits de vidéo , du son, un éclairage soigné, illustrent ce que les enfants racontent, jouent et qui est traduit en français sur grand écran.

La dureté du tableau concernant le passage d’un check point est impressionnante : les visages des enfants sont terribles, les gestes précis et dévastateurs...
Le lendemain, ils devaient jouer à la Bourse du travail où ils avaient été invités mais l’entrée leur est interdite... ils installent un check point dans la rue et menacent les passants qu’ils soumettent à une fouille en règle...

Et c’est par un défilé dans les rues d’Avignon, derrière le drapeau palestinien qu’un lieu a été recherché . Des extraits du spectacle sont donnés dans la rue, au passage de l’Oratoire devant une centaine de personnes.

La veille, les CRS protégeaient la Préfecture et le Conseil Général voisin de la grand manif des intermittents... et c’est un check point de CRS qu’ils durent franchir pour être reçu et honoré par le Conseiller général responsable de la culture.

Beaucoup de kilomètres, beaucoup d’efforts, beaucoup de rêves, beaucoup de déception, pour un seul spectacle même très apprécié ...
Les grands moments ont été cependant nombreux le soir auprès des piscines des sympathiques familles d’accueil qui organisèrent des pique - nique fort appréciés...

En 3 jours, la majorité des enfants a appris à nager ...
Tous on apprécié les bienfaits de l’eau de la Sorgue , l’intérêt du musée de la Résistance qui leur a rappelé l’actualité de leurs luttes actuelles, qu’ils ont su dessiner sur une fresque passionnée où les larmes de sang se mêlaient aux fils de fer barbelés, la ville d’Avignon en pleine effervescence, avec le tumulte de la grève des intermittents.

« C’est par la paix que nous sauverons la Palestine » affirme Abdel Fattah Abou Sourour , ce biologiste qui près avoir fait ses études à Angers a fondé le centre culturel Al Rowad . Quelques centaines d’enfants et d’adultes y prennent des cours de théâtre, de danses, d’informatique ,de langues.

Mais cet animateur s’interroge : Comment construire la Palestine de demain avec des gens qui empêchent les enfants de se rendre à l’école : c’est une guerre de l’éducation contre des jeunes qui veulent s’instruire, se construire, et non un peuple désespéré qui se fait exploser...

Ce que refusent les Israéliens c’est que vive notre culture : un peuple instruit peut mieux lutter, mieux se défendre , mieux intervenir dans les pourparlers...Par le théâtre je pense sauver quelques vies d’enfants :avec moi, ils jettent des pierres, ils meurent mais ils jouent et ils peuvent recommencer et se reconstruire : ils deviennent plus forts.
Il faut faire en sorte qu’ils puissent transmettre un choix pacifique face au saccage de toutes les richesses de notre Centre Culturel . Les soldats ont inondé de peinture les ordinateurs et 12.000 euros ont été perdus en quelques instants.

Face à cette violence, face au mur, immense, derrière lequel les Israéliens s’enferment et cachent leur peur nous développons l’espérance, le désir d’apprendre, le besoin de communiquer...
L’organisation de ce voyage a été un vrai combat pour obtenir les « papiers », pour financer le déplacement...

Notre aventure, notre passage dans les théâtres et dans les rues, dans les réceptions officielles, c’est la victoire de tous les anonymes qui ont su, ont pu, nous apporter leur aide. Les enfants, la troupe Al Rowwad , ont rencontré les autres, ils ne sont plus seuls...
Ces rencontres ont permis de valoriser leurs recherches, leur travail.
Ils ont pris conscience de la force de cette action culturelle, pacifique...

Ils ont compris l’importance de l’accès au savoir libérateur et c’est avec plaisir qu’ils reprendront le chemin de l’école, du collège, de l’Université, accessibles plus aisément par les bourses que ce voyage va nous permettre d’attribuer. »

Abdel Fattah Abou Sourour, directeur de Al-Rowwad

par Georges Bellot



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