Les Amis d’Al-Rowwad

Vendredi 10 novembre

De nouveau le mur de séparation, de nouveau le centre de tri à 7h du matin pour un rendez-vous à 8h au Consulat de France. Ce matin, aucun homme ne peut passer à cause de la grève générale. Abed ne peut pas nous accompagner à Jérusalem, il reste bloqué ici.

Nous rencontrons au Consulat une personne très motivée, vraiment concernée par la situation, souhaitant mettre en place une véritable politique de développement économique. Elle nous encourage vivement dans notre projet de tournée de théâtre pour 2007.

Ce matin, Jérusalem grouille de militaires et de policiers lourdement armés. Toute la zone de la porte de Damas est interdite ainsi que la gare routière du nord. Cette partie de la ville est déserte. Nous trouvons tout de même un minibus pour Ramallah, puis de là un autre pour Jénine.

Les chauffeurs de bus ont leur langage par signe pour indiquer un contrôle de police ou le prochain check point. Nous nous arrêtons donc en pleine campagne, juste avant un check point, pour trouver une place à notre 9ème passager dans un autre véhicule car les minibus sont agréés pour 8. Le chauffeur fait aussi bien attention à ce que nous mettions nos ceintures. Ce respect de la règle imposé par part de l’armée israélienne est surprenant. Ils tuent 50 civils en une semaines à Gaza, et mettent une amende pour non port de la ceinture, pour protéger la vie des passagers. Ils construisent un mur de ségrégation jugé illégal par la cours de justice internationale, qui empiète sur plusieurs dizaines de km à l’intérieur de la Cisjordanie, mais argumente devant une cour de justice israélienne pour le déplacer de deux mètres dans une rue...

Au check point, un soldat examine les papiers de chaque passager, tandis qu’un deuxième tient en joue le minibus avec une mitrailleuse, à trois mètres de nos visages.

Nous récupérons notre 9ème passager, passons encore 2 check points (à 9 !) et arrivons à Jénine 4 h après avoir quitté Jérusalem (pour 110 Km).

Nous rencontrons Juliano Mer Khamis au Théâtre de la Liberté, dans le camp de réfugiés de Jénine. Acteur israélien reconnu, il souhaite poursuivre l’ ?uvre de sa mère Arna qui travaillait pour les enfants du camp (voir à ce propos son film hommage « Les enfants d’Arna »).

La veille, le camp a été le théâtre de violents combats durant la nuit, certains bâtiments détruits au bazooka. Ces accrochages nocturnes sont quotidiens en ce moment.

Nous visitons le cimetière des martyrs. Il est à moitié plein, il y a de la place. Au loin, des détonations se font entendre.
- ?Les chebabs essayent de nouveaux fusils’ nous indique Juliano.
De quoi remplir le cimetière...

Malgré l’interdiction faite aux israéliens de pénétrer dans les territoires occupés, Juliano partage son temps entre Haïfa, Tel Aviv et Jénine, où il loue un appartement dans le camp, « bien protégé des balles et des missiles ». Le propriétaire a perdu 2 fils, abattus par l’armée israélienne.

Juliano nous emmène déjeuner dans l’un des seuls restaurants de la ville. Devant 3 ou 4 plats succulents, il nous livre sa vision de la situation. Sans concession et pas très optimiste. Les gens sont à bout, sans espoir. La corruption est omniprésente, à peine 150 000 personnes au sommet qui font vivre un million de personnes, qui sont ainsi prises au piège de ce système. Le Hamas recrute parmi les deux millions restants. Les trafics fleurissent, y compris les armes vendues par les soldats israéliens eux-mêmes, avec des marges comprises entre 100 et 400%(mais uniquement avec les armes légères).

Le projet de Juliano prend ainsi tout son sens. Le théâtre apparaît plus comme un support que comme une fin en soit. Il s’agit pour lui de combattre sur tous les fronts : intégrer les femmes dans la vie sociale, lutter contre la violence sur les enfants, éduquer et former les gens, développer des activités économiques...

Un autre responsable d’ONG estime que les territoires sont au bord de l’implosion : « chaos sécuritaire, plus aucune autorité, plus d’Etat... »

Nous rentrons assez tôt pour passer la nuit chez Juliano. Il est fortement déconseillé d’être dehors après 21 heure, l’armée israélienne effectue presque chaque jour des descentes.
- ?La nuit a été calme’, nous dit Juliano au matin.
En effet, seules quelques dizaines de rafales se sont fait entendre.



FAIRE UN DON

ACTUALITES

  • On récolte ce que l’on sème fait son bilan !

    Depuis sa sortie en mai 2018, le film du réalisateur palestinien Alaa Ashkar fait le bilan suivant : 20 festivals en France et ailleurs dont un prix du meilleur film documentaire 92 projections publiques en présence du réalisateur.
    Le film vient d’être sélectionné en avant première au Festival 48mm à Tel-aviv organisé par l’association Zokhrot (Projection prévue mi décembre).
    Contactez nous pour organiser une projection publique de l’un des films du réalisateur ! Par mail : contact@freebirdfilms.com (...)

  • Cuisine, art et littérature : comment Israël vole la culture arabe

    En tant que pays colonialiste, Israël s’est activement efforcé d’effacer l’existence des peuples autochtones sur les terres qu’il occupe, de manière à mieux s’approprier ces aspects de leur culture qui le font paraître « local » plutôt qu’implanté.
    La cuisine étant historiquement une production culturelle locale, Israël ne s’enorgueillit pas de bagels, de saumon fumé ou de carpe farcie – tous d’origine européenne – mais plutôt de fallafels, de houmous, d’huile d’olive et de la salade de tomates et de (...)

  • Ségrégation géographique en Palestine : Google Maps épinglé

    Pourriez-vous imaginer que l’application Google Maps, sur votre propre smartphone, puisse vous mettre en danger ? Ou nier l’existence de votre ville, village ou même de votre pays ? Cela paraît inimaginable mais, pourtant, cela est bien réel.
    C’est ce que vient de démontrer l’ONG palestinienne 7amleh – Le centre arabe pour le développement des médias sociaux – dans son rapport publié mardi 18 septembre, intitulé « Ségrégation cartographique : Google Maps et les droits de l’homme des Palestiniens ». (...)