Les Amis d’Al-Rowwad

Agir, comment ?

Comédien et metteur en scène, directeur artistique de l’association Sin, Emilien Urbach est l’invité de la semaine pour la tribune libre de L’HUMANITE du 24 au 28 octobre 2007.


 

Nous rentrons aujourd’hui sur Bethléem après deux jours passés dans le camp de réfugiés de Jénine. Nous y avons joué notre spectacle, l’Arbre à palabres. Nous étions accueillis par le Théâtre de la Liberté.

Son directeur, Juliano Mer Khanis, est également cinéaste. Nous avons visionné son dernier documentaire : les Enfants d’Arna. Juliano est palestinien de par son père et juif de par sa mère. Sa mère, Arna, est arrivée en Israël en 1948 et s’est engagée très tôt au sein du Parti communiste. Avant le début de l’Intifada Al-Aqsa, Juliano animait des cours de théâtre pour les enfants dans la maison des jeunes qu’Arna avait fondée, dans les années quatre-vingt-dix, dans le camp de réfugiés. Le film décrit comment ces jeunes, croyant il y a moins de dix ans encore que le théâtre pouvait être une arme pour résister, ont finalement rejoint des groupes armés. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux sont morts assassinés par Israël ou en ayant commis des attaques suicide.

Nous venons de jouer trois représentations au Théâtre de la Liberté. J’ai mal au ventre. J’ai vu dans ce film les mêmes sourires d’enfants que ceux qui nous ont été donnés après nos représentations.

Nous ne parviendrons à rien ni par les armes ni par le théâtre, alors ? J’écrivais hier qu’il fallait créer de la pensée. Pourquoi pas ? Mais agir c’est quoi ? Donner des cours de théâtre a des personnes qui n’auront pas d’autres choix que d’aller se battre ? Putain ! C’est triste tout ça ! Putain ! C’est quand la justice ? Putain ! C’est quand la paix ? Y a-t-il encore un être humain parmi nous qui puisse me répondre sans faire de discours remplis de certitudes pour lesquelles il serait prêt à tuer ? Y a-t-il encore des êtres humains ? Putain ! Ça pue la mort. Je vous promets. Notre monde pue, tellement de cadavres sont couchés sur le sol, tellement de bouches ouvertes qui ne parlent plus mais qui laissent entrer les mouches. Ça pue la mort ! Putain ! C’est quoi nos moyens d’agir ? Y a-t-il quelqu’un qui puisse me répondre ? Qu’il me le fasse savoir, vite. Une idée ! Vite ! Un chant ! Une histoire ! Un dieu ! Quelque chose en quoi nous puissions croire ! Qui puisse nous faire vibrer ! Quelque chose qui soit capable de nous réveiller, tous ensemble.

Demain, nous jouerons dans le camp de réfugiés de Deishe, après demain à Hébron, puis nous rentrerons en France. Notre tournée en Palestine se termine. Il faut absolument trouver de nouveaux moyens d’agir. « Soulève-toi, monde ! »



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